L'ancien canon

Origines : le premier concile

Les deuxième et troisième conciles

La transmission au Sri Lanka

L'ancienne méthode

Traduction et traducteur

INTRODUCTION


    Dans le monde actuel où s'épanouissent de nombreuses branches du bouddhisme et où fleurit une abondante littérature à ce sujet, l'accès aux récits canoniques considérés comme les plus anciens est intéressant à plus d'un titre. Ces soutta montrent dans quelle société, dans quelle atmosphère évoluait Gotama le Bouddha, ils posent le cadre et donnent de nombreux détails sur la communauté (sangha) monastique et laïque des origines. On y voit aussi comment le Seigneur agissait et parlait, ce qui le fait paraître à la fois plus humain et beaucoup plus exceptionnel.

    L'une des difficultés de ces récits oraux mis ensuite par écrit réside dans les nombreuses répétitions qui en facilitaient l'apprentissage par cœur et en faisaient pénétrer profondément le sens dans l'esprit des récitants comme de leurs auditeurs, mais qui sont terriblement lourdes à la lecture. Les traductions présentées ici évitent cet écueil autant que possible.

    Autre obstacle : les nombreuses instructions de pratique que l'on trouve résumées ici et là ne sont compréhensibles qu'éclairées par des commentaires, elles ont trop souvent été prises pour des exposés théoriques alors que chacun de leurs éléments demande à être identifié au cours d'une contemplation adéquate et que chacune des phrases doit être pénétrée, une par une, par expérience directe. Cela n'est possible qu'avec l'aide d'une intense concentration, et la concentration ne peut s'intensifier qu'en s'appuyant sur une stricte discipline extérieure et intérieure.

    La langue d'origine est très éloignée de la nôtre et il est souvent impossible d'en rendre toutes les nuances. Les traductions existant en français ont généralement été réalisées à partir de l'anglais, avec l'inconvénient d'une double déformation. Sur ce site, une page de vocabulaire donne l'explication ancienne de mots importants, et souvent difficiles, qui n'ont pas d'équivalents satisfaisants en français.

    Sur les 152 souttas qui composent le Majjhima Nikâya, un gros tiers est traduit ici (dont les plus significatifs), les autres n'étant que résumés. L'ensemble permet de se faire une bonne idée de la teneur de ce recueil.




L'ANCIEN CANON

    Le plus ancien canon bouddhique qui nous soit parvenu se compose de trois "corbeilles", pitaka, entre lesquelles ont été répartis tous les textes qui s'étaient au préalable transmis par voie orale :

- la corbeille du Vinaya
- la corbeille des souttas (ou Dhamma)
- la corbeille de l'Abhidhamma

    La corbeille des souttas comporte cinq recueils (nikâya) :

- le recueil long, Dîgha Nikâya
le recueil moyen, Majjhima Nikâya
le recueil par thèmes, Samyutta Nikâya
le recueil en nombres croissants, Anguttara Nikâya
le recueil mineur, Khuddaka Nikâya  



ORIGINE : LE PREMIER CONCILE

    Une fois achevée la crémation de Gotama le Bouddha et distribuées ses reliques, la question de la pérennisation de la méthode et de l'éducation, dhamma-vinaya, enseignées par le défunt Maître se posa d'autant plus fortement qu'un moine du nom de Subhadda avait déjà remarqué avec satisfaction qu'il ne risquerait plus d'être rappelé à l'ordre après la mort du Maître et qu'il pourrait agir comme bon lui semblerait. Le danger d'une rapide dégénérescence de l'héritage spirituel était bien réel. Comme les deux principaux disciples du Bouddha, Sâriputta et Mahâmoggallâna, étaient morts peu de temps auparavant, ce fut au vénérable Mahâkassapa, le troisième dans l'ordre de préséance, que revint la tâche de régler cette question. Il proposa de réunir un concile pour fixer le canon et reçut l'accord de la communauté. Il désigna un grand groupe de moines confirmés pour accomplir cette tâche et la communauté entérina ses choix.

    Ces moines se rendirent à Râjagaha, la capitale du Mâgadha. Pendant un mois ils édifièrent des huttes puis ils mirent sept mois à établir le canon. Ceci eut lieu à la grotte de Sattapanni sur le mont Vebhâra. Le vénérable Upali récita le Vinaya, et le vénérable Ânanda le Dhamma (il n'était pas encore question d'une troisième corbeille).

    Upâli était certainement un moine éminent pour qu'on lui eut confié la récitation du Vinaya. Pourtant, nous ne savons quasiment rien de lui, ce qui montre à quel point notre connaissance des premiers temps du bouddhisme reste fragmentaire. Quand au vénérable Ânanda, il était réputé pour son excellente mémoire et pour les nombreuses années qu'il avait passées auprès du Maître en tant qu'assistant. Il avait donc été constamment présent auprès du Bouddha et témoin de ses actes et de ses conversations. Les moines présents lors de la psalmodie purent apporter des précisions et soulever des contestations. Quand toute l'assemblée était d'accord, le récit prenait place dans le canon qui, rappelons-le, était encore purement oral.

    Peu après la fin de la recension, un moine du nom de Purâna vint mendier à Râjagaha avec ses élèves. Interrogé sur les récits fraîchement fixés, il ne les contesta pas mais déclara préférer se souvenir de ce qu'il avait lui-même entendu du Maître.

    A la suite du premier concile, des moines récitants furent chargés de mémoriser et de réciter le canon. Chaque génération le transmit à la suivante, assurant ainsi sa pérénité.



LES DEUXIEME ET TROISIEME CONCILES

    Cent ans plus tard, des innovations concernant la discipline monastique suscitèrent des débats, au point qu'un deuxième concile dut être convoqué à Vesâli afin de réciter à nouveau le canon et de régler ainsi les différends. Mais un schisme se produisit, ceux qui restèrent fidèles à l'ancienne tradition furent appelés theravâdins alors que ceux, probablement majoritaires, qui optèrent pour les innovations prirent le nom de mahâsanghikas. Par la suite, de nouvelles scissions eurent lieu chez les uns et chez les autres, donnant naissance à de nombreuses écoles, dix-huit selon les chroniques.

    Plus tard, au troisième siècle avant notre ère, sous le règne de l'empereur Asoka, de nombreux gourous prétendaient abusivement que leur enseignement personnel n'était autre que celui du Bouddha, et ces déclarations jetaient le trouble dans les esprits. Il devint nécessaire de réunir un nouveau concile, le troisième, qui se tint à Pâtaliputta, dans le parc d'Asoka, vraisemblablement en 253 avant notre ère. Cette grande récitation fut organisée selon la structure des trois "corbeilles" que nous connaissons aujourd'hui. A la suite de quoi, des missions furent envoyées dans neuf pays, dont le Sri Lanka.



LA TRANSMISSION AU SRI LANKA

    Ce pays avait été colonisé au siècle précédent par un certain Vijaya qui venait du nord de l'Inde. La langue et les coutumes de l'île ressemblaient fort à celles en vigueur dans la plaine du Gange. Devanampiyatissa, roi au Sri Lanka de 307 à 267, entretenait d'amicales relations avec l'empereur Asoka. Lors d'une partie de chasse à Mihintale, le roi rencontra Mahinda, le moine qui apportait l'enseignement bouddhique sur l'île. Ce moine était en outre un fils de l'empereur. Le roi ne tarda pas à se déclarer favorable au bouddhisme et fit construire pour Mahinda le Grand Monastère, avec ses neuf étages, à côté de sa capitale, Anurâdhapura. On peut visiter encore aujourd'hui les vestiges de la ville et du monastère. Le roi reçut de l'empereur le bol à aumônes du Bouddha, des reliques ainsi qu'un rejet de l'arbre bodhi sous lequel le Maître avait atteint la Réalisation. Cet arbre est toujours un but de pèlerinage.

    Les commentaires du canon furent mis par écrit en langue cinghalaise pendant le règne de ce roi.

   Au premier siècle avant notre ère, sous le règne du roi Vattagâmani (104 - 88), des troubles politiques firent craindre que les lignées de transmission ne  s'interrompissent. Les dirigeants du Grand Monastère décidèrent de mettre par écrit les récits canoniques et firent réaliser ce travail loin de la capitale, au monastère Aluvihare, qui se visite encore aujourd'hui près de Matale, au nord de Kandy. On peut y voir comment les lettres étaient gravées au stylet sur des feuilles de talipot bien polies, comment les feuilles étaient encrées puis essuyées pour ne laisser l'encre que dans les lignes creusées par le stylet.

    Sous le règne du roi Kutakannatissa (42 - 20), les chefs du Grand Monastère décidèrent, compte tenu de circonstances que nous ne connaissons pas, que l'entretien des textes et les prêches devraient désormais prendre le pas sur la mise en pratique des instructions.

    Dans les années 430 de notre ère, le vénérable Buddhaghosa traduisit les commentaires cinghalais dans la langue d'origine, langue que la tradition nomme magadhien, du nom du royaume du Mâgadha qui existait du temps du Bouddha avec Râjagaha pour capitale, et où se trouva plus tard Pataliputta, la capitale de l'empereur Asoka. On parle aujourd'hui généralement de pâli bien que pour la tradition, ce mot signifie texte canonique par opposition aux commentaires, atthakathâ. Buddhaghosa traduisit en particulier le commentaire du Majjhima Nikâya, connu sous le nom de Papañcasûdanî, mais il avait auparavant composé le Visuddhimagga qui était une synthèse de tous les commentaires des textes canoniques. Il prit scrupuleusement soin de rapporter l'ancienne tradition qui s'était formée, rappelons-le, du vivant même de Siddhattha Gotama le Bouddha – mais qui avait pu se modifier jusqu'au troisième siècle avant notre ère. Buddhaghosa donne rarement son opinion propre, et quand il le fait, il n'omet jamais de le mentionner.




Traduction et traducteur

    Les choix de traduction retenus ici visent à rendre les textes clairs et compréhensibles à des personnes comprenant le français courant, et ils évitent autant que possible les termes compliqués, littéraires, rares, philosophiques ou issus de jargons divers.
    Les notes et les phrases entre parenthèses sont généralement tirées des commentaires ou du Visuddhimagga.
    La langue pâlie comporte plus de lettres que le français. Le système de transcription habituel au moyen de signes diacritiques pose souvent des problèmes sur Internet. Pour les éviter on a choisi les conventions suivantes :
- le surlignage des voyelles longues est remplacé par des accents circonflexes
- les consonnes qui devraient être sous-pointées sont soulignées
- le m sous- ou sur-ligné est remplacé par  °
- le n surpointé ne l'est plus, il faut rétablir systématiquement le point devant les lettres G et K.

    Le traducteur qui a mis ces pages en forme, Christian Maës, a été tour à tour ingénieur, routard en Amérique latine et en Asie (premier contact avec le bouddhisme en 1974 à Dodanduwa Hermitage, Sri Lanka), humanitaire en Afrique, traducteur, résident dans un centre tibétain, ermite solitaire, pratiquant du zen, pratiquant d'ânâpânasati, etc. Il a traduit en particulier le Visuddhimagga publié par les éditions Fayard en 2002 grâce aux stimulations du vénérable Dhammaratana et aux directives de Patrick Carré, ainsi que "Les empreintes d'éléphant" édité par l'association Gavesi en 1993 à la suite des incitations de Jacques Brosse (décédé en 2008). Il cherche depuis longtemps à observer les mécanismes de la vie, en particulier ceux qui régissent l'être humain, afin de trouver comment mettre fin à la succession ininterrompue des instants de conscience. Enfin une mention spéciale pour les précieux encouragements du vénérable Pawo Rimpoche (décédé en 1991).



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