L'ancien canon

Origines : la première Grande Récitation

Les deuxième et troisième Grandes Récitations

La transmission au Sri Lanka

L'ancien commentaire

Traduction et traducteur

INTRODUCTION


    L'accès aux récits canoniques considérés comme les plus anciens est intéressant à plus d'un titre. Ces souttas montrent dans quelle société, dans quelle atmosphère évoluait maître Gotama devenu Bouddha, ils posent le cadre et donnent de nombreux détails sur la communauté monastique et laïque des origines. On y voit aussi comment le Maître agissait et parlait, ce qui le fait paraître à la fois plus humain et beaucoup plus exceptionnel.

    Les nombreuses répétitions de ces récits oraux facilitaient l'apprentissage par cœur et faisaient pénétrer profondément le sens dans l'esprit des récitants comme de leurs auditeurs, mais elles rendent la lecture ennuyeuse. Les traductions présentées ici limitent les répétitions afin de ne pas pénaliser le lecteur, autant qu'il est possible.

  En outre, les nombreuses instructions de pratique que l'on trouve résumées ici et là ne sont compréhensibles qu'éclairées par des commentaires (et encore !), elles ont trop souvent été prises pour des exposés théoriques alors que chacun de leurs éléments demande à être identifié au cours d'une contemplation adéquate et que chacune des phrases du texte doit être pénétrée par expérience directe. Cela n'est possible qu'avec l'aide d'une concentration aiguë, laquelle ne peut s's'acquérir qu'avec l'appui d'une stricte discipline extérieure et intérieure.

    Sur les 152 souttas qui composent le Majjhima Nikâya, une moitié est traduite ici (dont les plus significatifs), les autres n'étant que résumés. L'ensemble permet de se faire une bonne idée de ce que contient le recueil.




L'ANCIEN CANON

    Le plus ancien canon bouddhique qui nous soit parvenu se compose de trois "corbeilles", pitaka, entre lesquelles ont été répartis tous les textes qui s'étaient au préalable transmis par voie orale :

- la corbeille du Vinaya
- la corbeille des souttas (ou Dhamma)
- la corbeille de l'Abhidhamma

    La corbeille des souttas comporte cinq recueils (nikâya) :

- le recueil long, Dîgha Nikâya
le recueil moyen, Majjhima Nikâya
le recueil par thèmes, Samyutta Nikâya
le recueil en nombres croissants, Anguttara Nikâya
le recueil mineur, Khuddaka Nikâya  



AU DÉBUT : LA PREMIÈRE GRANDE RÉCITATION

    Une fois achevée la crémation du Tathâgata, le Bouddha, et distribuées ses reliques, la question de la pérennisation de la méthode et de l'éducation, dhamma-vinaya, enseignées par le défunt Maître se posa d'autant plus fortement qu'un moine du nom de Subhadda avait déjà remarqué avec satisfaction qu'il ne risquerait plus d'être rappelé à l'ordre après la mort du Maître et qu'il pourrait agir comme bon lui semblerait. Le danger d'une rapide dégénérescence de l'héritage spirituel était bien réel. Comme les deux principaux disciples du Bouddha, Sâriputta et Mahâmoggallâna, étaient morts peu de temps auparavant, ce fut au vénérable Mahâkassapa, le troisième dans l'ordre de préséance, que revint la tâche de régler cette question. Il proposa de réunir une assemblée (concile) pour fixer le canon et reçut l'accord de la communauté. Il désigna un groupe important de moines confirmés pour accomplir cette tâche et la communauté entérina ses choix.

    Ces moines se rendirent à Râjagaha, la capitale du Mâgadha. Pendant un mois ils édifièrent des huttes puis ils mirent sept mois à établir le canon. Ceci eut lieu à la grotte de Sattapanni sur le mont Vebhâra. Le vénérable Upali récita le Vinaya, et le vénérable Ânanda le Dhamma (il n'était pas encore question d'une troisième corbeille).

    Upâli était certainement un moine éminent pour qu'on lui eut confié la récitation du Vinaya. Pourtant, nous ne savons quasiment rien de lui, ce qui montre à quel point notre connaissance des premiers temps du bouddhisme reste fragmentaire. Quand au vénérable Ânanda, il était réputé pour son excellente mémoire et pour les nombreuses années qu'il avait passées auprès du Maître en tant qu'assistant. Il avait donc été longtemps présent auprès du Bouddha et témoin de ses faits et gestes. Les moines présents lors de la psalmodie purent apporter des précisions et soulever des contestations. Quand toute l'assemblée était d'accord, le récit prenait place dans le canon qui, rappelons-le, était encore purement oral.

    Peu après la fin de la recension, un moine du nom de Purâna vint mendier à Râjagaha avec ses élèves. Interrogé sur les récits fraîchement fixés, il ne les contesta pas mais déclara préférer se souvenir de ce qu'il avait lui-même entendu du Maître.

    Suite à cette première Grande Récitation, des moines furent spécialisement chargés de mémoriser et de réciter les différentes parties du canon. Chaque génération les transmit à la suivante, assurant ainsi leur pérennité.



LES DEUXIÈME ET TROISIÈME GRANDES RÉCITATIONS

    Cent ans plus tard, des innovations concernant la discipline monastique suscitèrent des débats, au point qu'une deuxième assemblée dut être convoquée à Vesâli afin de réciter à nouveau le canon et de régler ainsi les différends. Mais un schisme se produisit, ceux qui restèrent fidèles à l'ancienne tradition furent appelés theravâdins alors que ceux, probablement majoritaires, qui optèrent pour les innovations prirent le nom de mahâsanghikas. Par la suite, de nouvelles scissions eurent lieu chez les uns et chez les autres, donnant naissance à de nombreuses écoles, dix-huit selon les chroniques.

    Plus tard, au troisième siècle avant notre ère, sous le règne de l'empereur Asoka, de nombreux gourous prétendaient abusivement que leur enseignement personnel n'était autre que celui du Bouddha, et ces déclarations jetaient le trouble dans les esprits. Il devint nécessaire de réunir une nouvelle assemblée, la troisième, qui se tint à Pâtaliputta, dans le parc d'Asoka, peut-être en 253 avant notre ère. Cette Grande Récitation fut organisée selon la structure des trois "corbeilles" que nous connaissons aujourd'hui. A la suite de quoi, des missions furent envoyées dans neuf pays, dont le Sri Lanka.



LA TRANSMISSION AU SRI LANKA

    Ce pays avait été colonisé au siècle précédent par un certain Vijaya qui venait du nord de l'Inde. La langue et les coutumes de l'île ressemblaient fort à celles en vigueur dans la plaine du Gange. Devanampiyatissa, roi au Sri Lanka de 307 à 267, entretenait d'amicales relations avec l'empereur Asoka. Lors d'une partie de chasse à Mihintale, le roi rencontra Mahinda, le moine qui apportait l'enseignement bouddhique sur l'île. Ce moine était, dit-on, un fils de l'empereur. Le roi ne tarda pas à se déclarer favorable au bouddhisme et fit construire pour Mahinda le Grand Monastère, avec ses neuf étages, à côté de sa capitale, Anurâdhapura. On peut visiter encore aujourd'hui les vestiges de la ville et du monastère. Le roi reçut de l'empereur le bol à aumônes du Bouddha, des reliques ainsi qu'un rejet de l'arbre bodhi sous lequel le Maître avait atteint la Réalisation. Cet arbre est toujours un but de pèlerinage.

    Les commentaires du canon furent mis par écrit en langue cinghalaise pendant le règne de ce roi.

   Au premier siècle avant notre ère, sous le règne du roi Vattagâmani (104 - 88), des troubles politiques firent craindre que les lignées de transmission ne  s'interrompissent. Les dirigeants du Grand Monastère décidèrent de mettre par écrit les récits canoniques et firent réaliser ce travail loin de la capitale, au monastère Aluvihare, qui se visite encore aujourd'hui près de Matale, au nord de Kandy. On peut y voir comment les lettres étaient gravées au stylet sur des feuilles de talipot bien polies, comment les feuilles étaient encrées puis essuyées pour ne laisser l'encre que dans les lignes creusées par le stylet.

    Sous le règne du roi Kutakannatissa (42 - 20), les chefs du Grand Monastère décidèrent, compte tenu de circonstances que nous ne connaissons pas, que l'entretien des textes et les prêches devraient désormais prendre le pas sur la mise en pratique des instructions.

    Beaucoup plus tard, dans les années 430 de notre ère, le vénérable Buddhaghosa traduisit les commentaires cinghalais dans la langue d'origine, langue que la tradition nomme magadhien, du nom du royaume du Mâgadha qui existait du temps du Bouddha avec Râjagaha pour capitale, et où se trouva plus tard Pataliputta, la capitale de l'empereur Asoka. On parle aujourd'hui généralement de pâli bien que pour la tradition, ce mot signifie texte canonique par opposition aux commentaires, atthakathâ. Buddhaghosa traduisit en particulier le commentaire du Majjhima Nikâya, connu sous le nom de Papañcasûdanî, mais il avait auparavant composé le Visuddhimagga qui était une synthèse de tous les commentaires des textes canoniques. Il prit scrupuleusement soin de rapporter l'ancienne tradition qui s'était formée, rappelons-le, du vivant même de maître Gotama le Bouddha – mais qui avait pu se modifier jusqu'au troisième siècle avant notre ère. Buddhaghosa donne rarement son opinion propre, et quand il le fait, il n'omet jamais de le mentionner.


L'ANCIEN COMMENTAIRE

    Le Papañcasûdanî, commentaire du Majjhima Nikâya, a été, sous sa forme actuelle, écrit par Buddhaghosa au Sri Lanka dans les années 430 de notre ère. Il reprend un plus ancien commentaire rédigé en cinghalais. A vrai dire, Buddhaghosa n'a fait que traduire du cinghalais en magadhien ce qu'il a trouvé tout prêt. Le commentaire en cinghalais avait été mis par écrit au troisième siècle avant notre ère, bien avant que les textes canoniques ne le fussent.
    La Pali Text Society en a publié une édition critique, c'est-à-dire à partir de plusieurs manuscrits, dès 1922.

    Que trouve-t-on dans ce commentaire ?
    Le Papañcasûdanî suit le texte du Majjhima Nikâya en l'expliquant mot à mot, ne négligeant rien, même pas les particules les plus insignifiantes.
    Il explique dans quelles circonstances s'est produite telle ou telle scène et pourquoi telle ou telle chose fut dite.
    Il donne des explications grammaticales.
    Il définit les différents sens possibles de chaque mot et précise quel sens retenir dans chaque contexte.
    Il ajoute des commentaires doctrinaux indispensables à la compréhension du texte.
    Il les illustre au moyen d'anecdotes ou de petites fables.
    Le commentaire se révèle ainsi une mine d'informations, souvent fort austères, parfois amusantes.

    On comprend quel outil précieux le commentaire constitue pour la juste compréhension des textes.

    Mais : le Papañcasûdanî ne répète pas une explication déjà donnée. Ainsi le commentaire du ènième sutta suppose connues les explications fournies dans tous les suttas précédents. Le lecteur qui étudierait ce ènième sans avoir lu tout ce qui précède se retrouverait fort démuni !
    Mais : les explications sont très détaillées au début, certes, mais de moins en moins abondantes au fur et à mesure qu'on avance dans les récits.
    Mais : le commentaire renvoie souvent au Visuddhimagga pour ne pas avoir à répéter ce qui y est déjà dit. Visuddhimagga et commentaires forment un tout cohérent, indissociable des textes canoniques eux-mêmes et nécessaire à leur compréhension. On ne peut donc pas se passer d'une bonne connaissance du Visuddhimagga.

    Au final, le Papañcasûdanî représente un nombre de pages à peu près égal à celui du Majjhima Nikâya lui-même.



Traduction et traducteur

    Les choix de traduction retenus ici visent à rendre les textes clairs et compréhensibles à des personnes comprenant le français courant, et ils évitent autant que possible les termes compliqués, littéraires, rares, philosophiques ou issus de jargons divers.

    La langue d'origine est très éloignée de la nôtre et il est souvent impossible d'en rendre les nuances. Elle relève d'une autre façon de penser, un même mot du canon est susceptible d'exprimer toute une gamme de sens, une myriade de sens, parfois contradictoires, ce que ne peut rendre aucune traduction. La langue canonique suggère plus qu'elle n'exprime. La traduction présentée ici ne doit être considérée que comme un premier dégrossissage, rien ne peut remplacer la connaissance de la langue d'origine et la lecture des textes premiers. Espérons que de nombreux lecteurs ressentiront le désir d'apprendre les subtilités du mâgadhien et de contribuer à traduire l'immense canon.

    Les notes et les phrases entre parenthèses sont généralement tirées des commentaires ou du Visuddhimagga.
    La langue magadhienne (pâli) comporte plus de lettres que le français. Le système de transcription habituel au moyen de signes diacritiques pose souvent des problèmes sur Internet. Pour les éviter on a choisi les conventions suivantes :
- le surlignage des voyelles longues est remplacé par des accents circonflexes
- les consonnes qui devraient être sous-pointées sont soulignées
- le m sous- ou sur-ligné est remplacé par  °
- le n surpointé ne l'est plus, il faut rétablir systématiquement le point devant les lettres G et K.

    Le traducteur qui a mis ces pages en forme, Christian Maës, a été tour à tour ingénieur, routard en Amérique latine et en Asie (premier contact avec le bouddhisme en 1974 à Dodanduwa Hermitage, Sri Lanka), humanitaire en Afrique, traducteur, résident dans un centre tibétain, ermite solitaire, pratiquant du zen, pratiquant d'ânâpânasati, etc. Il a traduit en particulier le Visuddhimagga publié par les éditions Fayard en 2002 grâce aux stimulations du vénérable Dhammaratana et aux directives de Patrick Carré, ainsi que "Les empreintes d'éléphant" édité par l'association Gavesi en 1993 à la suite des incitations de Jacques Brosse (décédé en 2008). Il s'intéresse depuis longtemps aux mécanismes de la vie, en particulier ceux qui régissent l'être humain, afin de trouver comment mettre fin à la succession ininterrompue des instants de conscience. Enfin une mention spéciale pour les précieux encouragements du vénérable Pawo Rimpoche (décédé en 1991).


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